2014 : une année noire pour les abeilles et l’apiculture française

Le Réseau Biodiversité pour les Abeilles tire la sonnette d’alarme et appelle les pouvoirs publics à réagir sans délai. Objectif : éviter le naufrage de la filière apicole en 2015.

Alors que la saison apicole touche à sa fin, le bilan de l’année 2014 est sans appel : C-A-T-A-S-T-R-O-P-H-I-Q-U-E ! Partout, on entend le même refrain sur l’absence de production de miel alors même que le taux de mortalité des colonies d’abeilles domestiques en sortie d’hiver était considéré en Europe comme normal (inférieur à 10% selon la dernière étude COLOSS (Prevention of Honey Bees Colony Losses)). Il n’est d’ailleurs pas facile d’avoir des chiffres précis à l’échelle nationale. Seules 650 000 ruches sont répertoriées en France. Les estimations laissent penser que plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’autres échappent à ce recensement. Cela rend le suivi de la filière quasi-impossible. Il est donc bien difficile de connaître précisément la production de miel en France cette année. Mais les estimations les plus crédibles laissent toutefois penser qu’elle se situe aux alentours de 10 000 tonnes voire moins, soit près de 4 fois moins qu’il y a 20 ans.

« Comment, expliquer un tel fiasco alors que la France s’affiche vertueuse en matière de réduction des produits phytosanitaires, qu’elle s’est doté d’un institut technique apicole et qu’elle développe depuis un an le PDDA (Plan de Développement Durable de l’Apiculture) ? » s’interroge Philippe Lecompte, apiculteur bio professionnel et Président du Réseau Biodiversité pour les Abeilles. « Suite aux décisions de la Commission Européenne et du Ministère de l’Agriculture, de nombreux produits phytosanitaires ont été supprimés. L’action des pouvoirs publics s’est concentrée sur le facteur « pesticides » en oubliant le reste, à commencer par la ressource florale et le volet sanitaire. Force est de constater que c’était une erreur. Il devient urgent de corriger le tir sous peine de mettre en péril l’existence même d’une filière apicole en France » avance Philippe Lecompte. Et la menace est à court terme. Pour le Réseau Biodiversité pour les Abeilles, les pouvoirs publics doivent prendre toute la mesure de la gravité de la situation et y répondre de manière rapide et efficace en s’appuyant sur les modèles qui fonctionnent à l’étranger, comme la Roumanie qui a vu sa production doubler en 10 ans.
L’urgence de la ressource alimentaire

Sans fleurs, pas de pollen indispensable à la défense immunitaire des abeilles. Sans fleurs, pas de nectar. Sans nectar, pas de miel. Certaines évidences doivent aujourd’hui être rappelées. La saison 2014 avait pourtant bien démarré avec de faibles mortalités hivernales et des miellées de colza prometteuses au printemps. Mais la floraison chétive des espèces sauvages due à la sécheresse du printemps a provoqué une diminution drastique de la ressource. Cela explique d’une part l’explosion des pathologies (Nosema ceranae, CBPV et autres virus) et d’autre part la forte diminution des récoltes de miels postérieures à ces floraisons.

Pionnier dans la mise en œuvre et le développement des jachères apicoles et autres aménagements destinés à offrir tout au long de la saison un bol alimentaire satisfaisant et diversifié pour les butineuses, le Réseau Biodiversité pour les Abeilles s’inquiète vivement de l’absence de résultats des politiques publiques dans ce domaine. « Les ministères de l’agriculture et de l’écologie sont toujours d’accord lorsque nous leur demandons de développer cette biodiversité fonctionnelle indispensable pour maintenir un cheptel apicole en bonne santé et assurer une production de miel de qualité et en quantité. Mais la traduction en actes est malheureusement quasi inexistante » s’alarme Philippe Lecompte. Et la mise en œuvre de la nouvelle Politique Agricole Commune (PAC) ne va pas améliorer les choses puisque le bonus liés à la jachère apicole va être supprimé au 1er janvier 2015. Les expérimentations du Réseau Biodiversité pour les Abeilles ont pourtant démontré l’efficacité de cet aménagement. En effet, la présence de jachères apicoles sur seulement 0,5% de la zone de butinage des abeilles assure en moyenne les 2/3 de leur alimentation. Le développement de ces gardes mangers pour abeilles doit être aujourd’hui la priorité de Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture et de Ségolène Royal, Ministre de l’Ecologie, confirmés il y a quelques jours dans leurs responsabilités.
L’urgence sanitaire : mettre des moyens à la hauteur des enjeux

Le virus de la paralysie chronique des abeilles (CBPV : Chronic Bee Paralysis Virus) a fait cette année d’importants dégâts dans les principaux bassins de production en raison du manque de ressource disponible dans l’environnement. Cela constitue l’un des faits marquants de cette saison. Surnommée « la maladie noire » par les apiculteurs et les scientifiques, cette pathologie virale affaiblit considérablement les ruches et ne laisse que peu d’espoir de récolte de miel sur les colonies affectées. Très contagieux, ce virus peut décimer des colonies entières et mettre ainsi en péril l’équilibre économique de nombreuses exploitations apicoles.
Le Nosema ceranae est un autre facteur clé expliquant le mauvais état de santé général du cheptel. Dépourvus de moyens de traitement vétérinaire efficaces, les apiculteurs sont aujourd’hui démunis face au Nosema ceranae et aux autres virus létaux comme le CBPV. Offrir une ressource suffisante est le seul moyen adapté à la biologie des abeilles pour endiguer ces phénomènes.

A cette situation sanitaire délicate, la pression exercée par le Varroa ne doit pas être oubliée. Souvent surnommé « l’ennemi numéro 1 des abeilles », ce parasite en provenance de Chine affaiblit les colonies et est un vecteur majeur de nombreux autres virus qui affectent les abeilles. On en dénombre aujourd’hui plus d’une vingtaine. « C’est l’avenir même de l’ensemble de la filière qui est en jeu. Nous faisons fausse route depuis trop longtemps. Il faut aujourd’hui apporter des réponses techniques aux véritables problèmes que sont l’appauvrissement de la ressource et les difficultés sanitaires. Des moyens techniques et financiers adéquats doivent être mobilisés. Le Plan de Développement doit être revu et corrigé pour prendre en compte ces réalités » conclut Philippe Lecompte en rappelant qu’en tant que premier agent pollinisateur, l’abeille domestique est indispensable pour assurer ce précieux service de la pollinisation des productions agricoles comme des fleurs sauvages.

Auteur: Réseau Biodiversité pour les Abeilles

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